dimanche 10 juillet 2011

Un semblant de balkanisation

Cette fin de semaine, la planète a accueilli une nouvelle nation indépendante en son sein. Ayant votés à plus de 98% pour l’autonomie de leur région en Janvier dernier, les natifs du sud du Soudan ont maintenant leur destin en mains.

Pour comprendre cette indépendance, il faut connaitre la défunte république du Soudan unifiée. Troisième producteur de pétrole africain – donc aiguisant les appétits énergétiques et géopolitiques -, sa population est essentiellement composée d’arabophones musulmans et de subsahariens chrétiens. Tristement célèbre pour le génocide du Darfour, il y a toujours eu dans ce pays depuis son indépendance en 1956 une confrontation armée entre un Nord dominant et un Sud opprimé. Avec plus de 2 millions de morts principalement attribuable à l’armée nordiste, l’histoire de ce pays s’est accélérée dernièrement. En 2005, dans un « suspect » accident d’hélicoptère, mourrait John Garang, Vice président du Soudan, premier dirigeant sudiste et promouvant un Soudan unifié de type fédéral ou le Sud aurait une très large autonomie. Ce dernier mort, les pro-indépendances, les conseillers occultes et les ultras de tous bords avaient la voie libre.

Devant l’engouement planétaire qu’a suscité l’indépendance de cette nation, il serait naïf de penser que ce sont des principes humanistes qui ont guidé certains États à soutenir mordicus le Sud dans cette voie. En matière de relations internationales, chaque nation agit au gré de ses intérêts.  Il ne serait pas étonnant de voir la nouvelle administration sudiste redistribuer les cartes de l’exploitation pétrolière dans cette région. Tous les profits reviendraient à ses alliés internationaux qui l’ont soutenu dans son émancipation et au détriment des autres qui sont restés fidèles à la ligne nordiste. Espérons que les populations du nouvel État verront la manne financière tant promise.


Aujourd’hui, les Sudistes ont leur État, mais d’État il s’agit d’une république fantôme où il n’existe presqu’aucune infrastructure  digne de ce nom. Ce pays aurait mieux fait de suivre la voie de Garang  qui prêchait pour un Soudan fédéral ou le Nord n’opprimerait plus le Sud, un Soudan fédéral ou les deux provinces auraient pu coopérer honnêtement à leur développement commun. Maintenant, le Nord qui n’a jamais vraiment voulu jouer franc jeu se retrouve amputé de la majeure partie de ses réserves pétrolières alors que le Sud lui perd son administration et les industries de raffinages qui se trouvent dans la partie arabophone du pays.

Au-delà du Soudan, cette indépendance  pourrait devenir - je le pense - pour l’Afrique un véritable désastre. Elle traduit en effet l’échec de différentes franges d’une population vivant au sein d'un même État à coexister pacifiquement. La colonisation du continent a entraîné la naissance de nations aux populations hétéroclites. Là où il existe des foyers de tensions, les gouvernements doivent mieux respecter les droits de tous leurs citoyens sinon ce précédent risque de faire boule de neige au niveau de nombreux groupuscules sécessionnistes. Dans une Afrique ou les différences ethniques, linguistiques et confessionnelles sont la norme et pas l’exception au sein des États, l’indépendance du Sud Soudan est un épisode à rapidement oublier. Un siècle après la conquête de l’Afrique par l’Europe, cinquante années après l’acquisition de nos indépendances, quinze ans après le génocide rwandais, de nombreux gouvernements ont encore du mal à trouver une identité nationale commune à chacun ; socle indispensable pour un développement harmonieux et durable.

Le principal défi de la future génération de dirigeants africains sera de trouver un projet de société commun à toutes les composantes de leur nation. Avec 54 pays, l’Afrique ne peut se permettre une balkanisation. Il en va de son prestige et de sa capacité à faire face aux autres régions du monde dans le futur. Une intégration régionale de chaque nation au sein d’une Union africaine plus forte ayant une même monnaie, une politique extérieure et  de défense commune est encore une utopie, mais elle serait le plus beau rêve qui puisse arriver à ce continent.


Pour  en revenir au Sud Soudan,  la seule certitude que l’on puisse avoir c’est que la tâche ne lui sera pas aisée. Espérons que la naissance de cet État ne sera pas une énième déception africaine. 

3 commentaires:

  1. Bravo pour ce super blog!
    Seulement deux points:
    - "Devant l’engouement planétaire qu’a suscité l’indépendance de cette nation" Je pense au contraire que tout le monde - en France et au Canada pour ce que je connais - en a étonnement plutôt rien à faire du Soudan, contrairement à d'autres conflits dans le monde...
    - Quant aux solutions, un état fédérale ou binational et une belle utopie et un beau rêve, mais dans ce genre de situation extrême je pense que ce sont paradoxalement de solides frontières bien étanches qui peuvent rapprocher et apaisait les peuples...
    Bonne continuation Daye,
    Bien amicalement!
    Manu'

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  2. Merci manu pr le commentaire !!
    pour tes deux points je vais essayer d'apporter des éclaircissements :

    - quand j'ai écrit "Devant l’engouement planétaire qu’a suscité l’indépendance de cette nation" tu aurais du lire entre les lignes. Il est évident que le citoyen lambda francais, canadiens ou peu importe qui n'écoute jamais les informations " car ce week end et la semaine passée il fallait ne vraiment jamais regarder la télé ou lire les journaux tant on a eu droit à des reportages et des infos sur l'indépendance du Sud Soudan " n'en a rien a faire et ne sait peut être même pas que ce pays existe. Mais, tout ce qui lise ou s'informe un tant soit peu on eu droit à une deferlente d'images sur la cérémonie de création du pays "voila l'engouement". De plus, il y avait une multitude de délégations (francaises, américaines, russes, chinoises, africaines...) présentent à l'indépendance. Il est étonnant qu'un état desertique ait droit à autant d'intérêt. Ce qui est sur " en ne pointant personne" tous les états étrangers qui ont poussé ces gens à devenir indépendant "peut être bien pour briser le monopole chinois énergetique au Soudan" étaient bien présents....

    - Pour le deuxième point, Juste en regardant l'histoire je peux te dire que la séparation d'un pays en différentes entités n'a jamais été quelque chose de bon "du moins pr les locaux" ex: inde et pakistan, deux pays qui à la moindre occasitions se tapent dessus. Les relations execrables entre la russie et ses ex provinces (ukraine, georgie entre autre), l'ex oyouglasvie (aujourd'huio serbes etbosniaques par exemple se détestent encore plus que par le passé... et j'en passe niveau exemple...
    Je pense que s'il etait dans l'intérêt d'un peuple de se séparer Les USA n'auraient jamais eu de guerre de secessions.

    à long terme, une fois l'euphorie passée, le Sud Soudan aura beaucoup de difficultés à survivre tant ils ont économiquement besoins du nord (il en va de même pour le Nord aussi...

    Le fédéralisme est une chose bien meilleur que le sécessionnisme et la suisse en est le meilleur des exemples avec 26 cantons et 4 langues et ils ne se portent que très bien. Tout est question de volonté politique.

    Desolé pour la longueur de la réponse et j'espère que tu repasseras me lire ca me fera plaisir.

    Bonne soirée et bonne chance avec ton réseau social :)

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  3. Bravo pour ton blogue. Lâche pas! ;)
    Je suis d'accord avec ton remède mais pas avec ton diagnostic.

    D'accord avec toi qu'il faille désenclaver les économies sub-sahariennes pour favoriser la régionalisation des échanges (économiques, sociaux, humanitaires, etc.). Encore qu'une intégration économique ne peut se faire encore et toujours sur le dos des petits agriculteurs et strates extrêmement pauvres de ces pays. Des changements macro-économiques: oui! Mais on a vu ce que le FMI proposait dans ce cas-là en général. Il faut du changement, mais pas sans croissance distribuée au profit de tous, avec des impératifs de réduction des inégalités.

    Je ne suis par contre pas d'accord avec ton diagnostic comme quoi on assiste à la balkanisation des Etats d'Afrique de la région. Oui c'est similaire si on compare l'utilisation de cette région au fin d'intérêts des grandes puissances étrangères comme au XIX et XXème siècle en Europe. Mais pas complètement identique. D'abord parce que c'est déjà le cas: ce n'est donc pas la création du Sud-Soudan qui démarre une base de balkanisation. C'est plutôt le contraire. Je crois que l'histoire africaine a démontré que les colonisateurs ont été les sources premières de cette balkanisation. L'Afrique fut découpée selon des tracés rectilignes sans préoccupation pour les réalités linguistiques, ethniques et culturelles: seulement par intérêts de ressources naturelles et pour mieux diviser afin de régner par le chaos issus des "foyers de tension" crées dont tu nous parles si bien. Je crois au contraire qu'on assiste (et là il ne faut pas s'y méprendre, ce n'est qu'un pas de côté et non un pas en avant) au rebrassage des cartes dans l'Afrique subsaharienne comme on l'a vu du début des années 1990 avec la guerre des Balkans jusqu'à l'indépendance du Monténégro et du Kosovo en passant par le redécoupage des pays balkaniques. La tension continuera, d'où l'importance des casques bleus, mais il appartiendra aux pays de faire des avancées démocratiques et économiques (éducation!!) pour dépasser les tensions liées au pétrole et à la faim.

    Pour résumé, je pense qu'on va dans le bon sens, même si le Sud-Soudan n'est encore qu'une création fantôme pour arriver à un enrichissement plus extérieur (Etats-Unis et Chine) que domestique. C'est malgré tout un signe que les lignes d'antan ne fonctionnaient plus dans leur état actuel. Le "printemps soudanais" débouchera-t-il un jour? Difficile mais pas hors de portée.

    @+ ;)

    Etienne

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