Bientôt une semaine que
le Québec a vu défiler au centre ville de Montréal l’une des plus grandes
manifestations de son histoire et plus de cent jours maintenant que de nombreux
étudiants de la belle province battent
le pavé contre la hausse annoncée de leurs frais de scolarité.
Ce mardi 22 mai, dans une ambiance relativement bon enfant, bambins, parents, étudiants, syndicalistes, personnes du troisième âge et mêmes
super héros masqués ont bravé la pluie et le soleil pour exprimer leurs
convictions. Mais comment le Québec en est il arrivé là ? Une chose est
certaine, le gouvernement libéral actuellement au pouvoir a très mal jugé la
capacité de résistance de ses étudiants face à la réforme des frais scolaires. Sa
dernière Loi 78 au lieu de calmer le tumulte n’a fait qu’envenimer les choses.
Certains aujourd’hui – même s’ils exagèrent beaucoup – n’hésitent plus à
comparer le pouvoir libéral à un gouvernement fasciste qui brime les droits et
libertés de ses citoyens. Une autre grave erreur de monsieur Charest a été de
jouer le temps et le pourrissement de la situation. Aujourd’hui les
associations étudiantes sont prêtes à aller au bout de leur lutte et toute la
province se retrouve en état d’ébullition. L’été risque d’être très…très chaud
de ce coté de l’atlantique.
En revenant sur les dernières manifestations on peut constater que le mouvement étudiant – au risque de perdre son
essence première - canalise aujourd’hui de nombreux déçus de la politique gouvernementale
de Jean Charest. Mardi passé, dans la foule, il y avait un éventail de
pancartes allant de l’indépendance du Québec au refus du plan économique nord.
Des mouvements anarchistes et même des adhérents du Front de gauche français!
Dans tout ca, difficile de s’y reconnaitre.
Mais peut-on carrément
pour autant parler d’un printemps érable à l’instar des printemps arabes comme le relatent de nombreux journaux dans le monde ? Faire de telles comparaisons revient à
faire du sensationnalisme. Même si de nombreuses personnes veulent aujourd’hui
la chute du gouvernement en place, la plus grande partie des citoyens québécois
et étudiants solidaires de ce mouvement de contestation limitent leurs
revendications à la négociation sur les droits de scolarité.
Le Québec est une
province nord américaine qui a fait certains choix de société qui privilégient
le collectif face à l’individualisme financier. La levée de bouclier du peuple
québécois est donc due en grande partie au sentiment qu’aujourd’hui les
gouvernants se sont engagés dans une fuite en avant remettant en cause les
acquis sociaux durement obtenus les décennies passées. Il est vrai
que les universités de la belle province souffrent d’un manque de
financement mais il existe une multitude de solutions que l’on pourrait
envisager plutôt que de faire payer directement les étudiants de leur poche. Par
exemple certaines universités pourraient économiser des millions de dollars si
elles ne se lançaient pas dans des aventures immobilières hasardeuses qui ont
creusé leurs déficits! Le gouvernement pourrait aussi faire sa part en faisant
plus d’efforts pour recouvrir certains impôts et taxes – pour les réinvestir
dans l’éducation - qui lui échappent frauduleusement comme dans le secteur de
la construction. Demander aux étudiants de payer plus – même si on leur promet
des bourses complémentaires – est un raccourci qui risque dangereusement
d’hypothéquer les études d’une grande partie de la future génération
québécoise.
Le gouvernement Charest a-t-il compris les avertissements lancés par la rue ces cent derniers jours ?
Les négociations directes qui ont repris cette semaine et l’avenir nous le
diront.



