Il y de cela, déjà, deux semaines que Dominique Strauss Khan est poursuivi pour une sordide affaire de mœurs aux États-Unis. Depuis s’active, en coulisse, le gratin de la diplomatie et de l’économie mondiale pour lui trouver un successeur à la tête de la première institution financière au monde.
Créé en 1944 suite à la seconde guerre mondiale pour maintenir un nouvel ordre économique mondial, le Fonds Monétaire International continue à refléter, aujourd’hui encore, le poids économique des nations d’antan. En effet, même si actuellement un État comme la Chine représente à peu près 9,1% du PIB mondial, il ne possède que 3,82% des droits de vote à l’institution. Pourtant, le système de quote-part – procédé qui évalue le poids d’une nation dans l’économie mondiale et donc sa représentativité au Fonds – aurait dû faire en sorte que les pays émergeants contribuent plus au FMI et y gagnent en droits de vote. Dans les faits, l’Union européenne qui ne pèse que 26% du PIB mondial s’accapare d’un peu plus de 30% des droits de vote et les États-Unis sont le seul pays à posséder le droit de véto sur toute décision à l’institution. Ainsi, deux camps s’affrontent au Fonds Monétaire International : les pays émergents, forts de leur poids qui s’accroit dans l’économie mondiale, demandant que leurs avis soit de plus en plus pris en compte et les pays riches, en perte de vitesse et qui voient d’un mauvais œil la probable perte du contrôle qu’ils exercent sur la finance mondiale.
Avant l’affaire DSK, le FMI avait déjà commencé à baliser la succession de ce dernier. Sauf surprise, l’on prévoyait qu’un économiste issu d’un pays non européen aurait dû le remplacer. Mais, aujourd’hui, devant l’urgence de trouver rapidement un nouveau directeur à l’institution, les pays émergents n’arrivent pas à s’accorder sur un seul personnage qui représenterait un consensus. Pour l’instant, une seule candidature issue de ses rangs a été présentée. Cette candidature n’est autre que celle de l’actuel gouverneur de la banque centrale du Mexique Agustín Castners. Cependant, de tendance ultralibérale, monsieur Castners est déjà décrié par les Brésiliens et les Argentins qui le trouvent trop proche des USA.
Quant à eux, l’on disait bien que les dirigeants du vieux continent ont oublié les belles promesses de Dominique Strauss Khan qui espérait bien qu’un non-européen lui succéderait. La réalité des choses fait qu’actuellement, l’Europe a besoin d’un homme de confiance à la tête de l’institution monétaire. Durement touché par la crise économique, la Grèce, le Portugal et bien d’autres pays européens recevant ou en voie de recevoir une aide du FMI ne peuvent se permettre de ne plus être traités aux petits soins.
Les Européens ont réussi à se fédérer sous la candidature de Christine Lagarde – ministre français de l’économie actuel – et ont rallié la voix des Américains, soucieux, eux aussi, de conserver la présidence de la Banque Mondiale l’année prochaine. Les pays en voie de développement ne manquent pas de candidats au potentiel élevé, tel le Sud-Africain Manuel Trevor ou le Singapourien Tharman Shanmugratnam. Mais, les contradictions internes entre ces derniers semblent trop élevées pour qu’ils réussissent à soutenir une seule et unique candidature.
Pourtant, le moment n’a jamais été autant propice pour qu’enfin l’ancien Tiers Monde ait son mot à dire dans l’évolution de la finance mondiale. En 1945, il existait officiellement 72 pays dans le monde et il était normal que les pays ou « empires » occidentaux représentant la quasi-totalité de la fortune planétaire se partagent les reines de l’économie mondiale. De nos jours, avec 194 pays, une évolution des avoirs financiers vers le sud et l’est ; il n’est plus normal que les États-Unis et l’Europe qui ne représentent plus qu’environ 50% de la richesse mondial aient le contrôle total de ces deux institutions financières. Il est important, même légitime, qu’une forme de démocratie plus représentative des réalités actuelles s’installe au niveau des instances décisionnelles du Fonds Monétaire International dans un premier temps et de celles de la Banque Mondiale dans un second.
La seule certitude que l’on puisse avoir avant le 13 juin, date de l’élection du nouveau président du FMI, c’est que la bataille pour la succession de DSK a commencé et qu’elle s’annonce ardue.