Si je vous parle
d’Abdoulaye Wade au Sénégal, d’Alpha Condé en Guinée ou encore de Laurent Gbagbo
l’ivoirien, trouveriez vous facilement le point commun parmi ces trois personnages?
Oui vous pouvez me dire qu’ils ont tous été présidents
de leur pays ou encore qu’ils sont tous passés par la case prison pour leurs
convictions politiques. Mais, plus loin, je vous dirai qu’ils ont tous porté le
manteau « d’éternel » opposant avant d’accéder à la magistrature
suprême de leur pays.
L’éternel opposant, ce
sobriquet qu’ils aiment tant s’approprier peut expliquer aussi leur tendance à
se croire comme unique détenteur de la vérité et des solutions à tous les mots
de leur pays. Ces éternels opposants se
sont très souvent transformés en principal problème à leur nation. Hier, Laurent Gbagbo, par son obstination a
mis la Côte d’Ivoire à feux et à sang. Aujourd’hui, Abdoulaye Wade, par son
entêtement est entrain de conduire le Sénégal vers l’abîme. Demain, Alpha Condé fera t’il preuve de la même étroitesse d’esprit? Les premiers actes
qu’il pose font déjà peur. Mais, au-delà de ces quelques dirigeants, pourquoi
la plupart des gouvernants africains font il autant preuve de « stupidité » en s’accrochant à leur
fauteuil présidentiel?
Leur histoire et le
contexte sociopolitique dans lequel ils ont évolué sont les principales
explications à ce problème. La plus part de ces politiques ont la soixantaine
passée et on a bien l’impression qu’ils ne sont plus en adéquation avec les
désirs de changement et d’expression démocratiques de leurs concitoyens. Cette
ancienne génération de dirigeants africains ayant connu la colonisation, les
luttes pour l’indépendance et les batailles politiques souvent sanglantes qui
ont suivi ne peuvent gouverner avec l’ouverture d’esprit demandée à tout
gouvernant éclairé du 21ème siècle.
Ils vivent avec des schémas de pensée et des
repères obsolètes. Abdoulaye Wade qui est né dans les années vingt a connu le
colonisateur tout puissant dont l’autorité était incontestable, il a connu les
premiers régimes africains dont l’autorité était toute aussi incontestable ; aujourd’hui il ne répète que ces schémas en pensant vivre toujours à une
époque où l’autorité qu’elle ait tord ou raison est incontestable.
Monsieur Wade, Monsieur
Condé, les temps ont changé et la génération d’africains que vous dirigez ne
courbera plus l’échine devant des décisions insensées. Cette génération veut
des résultats et n’hésite plus désormais à réclamer des comptes.
Au contraire du dicton
célèbre affirmant que les peuples ont les
dirigeants qu’ils méritent, je dirai plus que les dirigeants sont le reflet de leur vécu. À l’ère d’internet et de la
rapidité, les États africains sont encore mués par l’archaïsme, le manque de
vision et l’immobilisme de ses politiciens qui malencontreusement tentent d’imprégner
leurs valeurs désuètes à leurs gouvernés.
Aujourd’hui à l’image des
ces éternels opposants, l’Afrique en générale est gouvernée par une lignée de potentat qui ne mérite rien de mieux que la retraite anticipée. Sur notre
continent la moyenne d’âge des dirigeants frise la fin soixantaine alors que
dans les pays développés elle tourne autour de 55 ans.
Aujourd’hui, il faut
dépoussiérer les têtes pensantes africaines. Ces « éternels »
opposants qui arrivent à la tête de nos états en plus d’être égocentriques sont
autant à cours d’idées que les dictateurs qu’ils ont remplacés. Les vieux
politiciens qui peuplent nos assemblées ne sont plus en phase avec l’évolution
et le mot démocratie est souvent pour eux un concept nébuleux.
L’Afrique n’est pas
uniquement peuplée de momies à la soixantaine passée et ses jeunes talents
doivent occuper l’arène publique pour véhiculer des idées neuves et novatrices
pour son développement. Pour être moins vulgaire que la rue arabe, l’on ne dira
pas « dégage » à nos vieux gouvernants ; on leur dira tout simplement
de libérer la place car la plus part des acteurs de cette génération sont les
responsables de plus de quatre décennies perdues pour l’Afrique.
