Par Guillaume Saliah : Guillaume.saliah@hec.ca
À un mois de l’élection du prochain président du Sénégal, je profite de l’occasion pour parler de l’un des candidats, le célèbre artiste d’origine sénégalaise qui brigue la présidence, Youssou N’Dour.
Le conseil constitutionnel à Dakar vient tout juste de rejeter la candidature du musicien sous prétexte qu’il n’aurait pas suffisamment de voix l’appuyant. Une requête d’appel a été déposée et les membres du conseil rendront un jugement définitif pour déterminer si la décision sera maintenue.
De nombreuses théories pullulent au sujet de ce curieux refus, le principal intéressé est lui-même convaincu qu’il s’agit d’une manigance du président sortant Abdoulaye Wade. En effet, la question se pose, les preuves semblent soutenir la thèse du complot et un autre refus ne ferait qu’attiser la tension latente. Le Sénégal vibre au son des manifestations depuis l’annonce validant les candidats qui s’affronteront le 26 février prochain. Un large mouvement de contestation s’oppose majoritairement à la candidature de l’octogénaire Abdoulaye Wade qui souhaite briguer un troisième mandat. Ceci créée des remous car il contrevient à l’article 27 de la constitution du pays qui se lit comme suit :
Cette disposition ne peut être révisée que par une loi référendaire. »
Abdoulaye Wade a lui-même participé à la rédaction de cette constitution et il est regrettable de voir un président tenter de contourner le texte de justice le plus fondamental de son propre pays. Le plus désolant dans l’affaire, c’est que le président Wade n’a pas besoin de regarder bien loin pour trouver des situations similaires. Rappelons que le continent africain dénombre plusieurs hommes politiques qui ont tenté désespérément de conserver le pouvoir de leur pays respectif. À ce jour, l’affrontement n’a pas été à leur avantage que ce soit en Côte d’Ivoire, au Niger, en Tunisie, en Égypte et plus récemment en Lybie. Il ne manquerait plus qu’un conflit armé éclate et que la communauté internationale s’en mêle un fois de plus.
Maintenant, parlons de Youssou N’Dour. Certains l’adorent et d’autres le méprisent, mais chose certaine : il ne laisse personne indifférent. Personnellement, je me tiens dans ses rangs et je trouve qu’il serait un modèle pour les Africains et un très bon candidat pour son pays.
Auteur compositeur, il figure parmi les plus grands artistes de la dernière décennie. À l’heure actuelle, sa notoriété n’est plus à faire et ses mélodies résonnent dans les systèmes audio de plusieurs foyers à travers le globe. Inutile alors de considérer les propos de ceux qui insinuent que sa candidature vise à s’attirer de la publicité gratuite afin de hausser sa popularité. À l’heure actuelle sont implication dépasse largement la tentative de s’attirer des sympathies. Il a d’ailleurs été l’une des malheureuses victimes des policiers sénégalais en marge des manifestations de cette fin de semaine.
Fils de la médina de Dakar, son parcours atypique l’a mené aux quatre coins du monde. C’est justement ce qui fait la joie de ses détracteurs. En effet, plusieurs reproches fusent à propos de son manque d’éducation. Et oui, Youssou N’Dour n’a qu’un très faible niveau de scolarité et c’est malheureusement un élément qui semble être un pré requis pour les descendants de l’illustre Léopold Sédar Senghor. Voilà ce qui semble être son plus lourd handicap dans sa quête vers l’investiture sénégalaise.
Cependant, plusieurs autres éléments militent en sa faveur; notamment, son sentiment d’appartenance inconditionnel à sa patrie. L’artiste symbolise en effet le vrai patriote sénégalais. Rappelons simplement qu’il aurait été facile pour lui de faire comme bien d’autres et de s’exiler après avoir connu la gloire à travers le monde. Au lieu de cela, il a choisi de rester dans son pays et de s’impliquer concrètement dans la société. Que se soit par son programme de microcrédit, par les chaines de télévision ou de radio qu’il possède ou simplement les évènements culturels qu’il organise, Youssou N’Dour tisse des liens avec sa communauté depuis des années.
Maintenant que nous avons couvert son implication au sein de sa communauté, parlons de son rôle d’ambassadeur à travers la communauté mondiale. Quoi de mieux qu’une personne de sa stature pour représenter son pays de manière officielle. Depuis déjà plusieurs années, il le fait de façon officieuse. Il supporte bon nombre d’organismes (Amnesty International, Ambassadeur de bonne volonté, UNICEF, Bureau International du travail). De plus, en 1985, cinq ans avant la libération de Nelson Mandela, il a démontré son engagement pour la démocratie en organisant un important concert revendiquant la libération du célèbre Madiba.
En terminant, il n’est peut être pas le plus éduqué mais chose certaine, mais c’est sans conteste un excellent choix pour représenter le pays. Espérons pour le Sénégal et pour l’Afrique en général que la justice sera rendue et que le conseil constitutionnel décidera de revenir sur sa décision.
