Une décennie s’est écoulée depuis ce matin macabre de septembre 2001. Personne n’a oublié les images des tours américaines en feu à New York, mais personne ne s’attendait non plus à ce que la dernière décade aboutisse sur le monde d’aujourd’hui. De décisions risquées en action hasardeuses, les Américains, de par leur riposte face au terrorisme, ont contribués à l’émergence de nouvelles réalités géopolitiques. Des acteurs ont gagné en influence ces dernières dix années alors que d’autres ont perdu de leur aura.
Tout d’abord, du côté des « perdants » l’on ne peut écarter un pays comme les États-Unis. Même si l’on peut penser qu’ils ont gagné militairement leur guerre face au terrorisme, ce pays en ressort économiquement et socialement meurtri. Cette lutte aura couté au budget américain quelques 5000 milliards de dollars! Dans un pays où l’éducation supérieure de qualité est presque inaccessible à cause de ses coûts exorbitants et où 1/6 de la population n’a pas accès à une couverture maladie, cet argent aurait pu être bien mieux utilisé. Pire, quand on s’imagine que la plus grande partie de cette somme a été financée par l’emprunt étranger, les États-Unis sont donc liés à d’autres nations par un engagement financier qui ne fait qu’éluder un peu plus leur influence à l’international. Leurs alliés de l’OTAN sont lotis à la même enseigne, cette guerre leur aura couté en argent, en hommes et en confiance.
En observant le rapport de force actuel au moyen orient et dans le monde, des pays qui n’avaient rien à avoir avec le conflit de départ sont les « gagnants » de ce début de décennie. Les Chinois, encore et toujours eux, n’auraient sûrement pas raflé autant d’influence ces dernières années si le géant américain n’avait pas les pieds et points liés dans ses deux guerres moyen-orientales. La Turquie, première démocratie musulmane en orient, a su profiter de l’affaiblissement de l’Irak de Saddam Hussein, de la mise en joue de l’Iran des Ayatollah et de la débâcle récente du dictateur égyptien Moubarak -conséquence de cette folle décennie passée- pour s’imposer comme pays phare dans ce coin de monde.
Sans nul doute, de nombreux autres pays, en lien direct avec la guerre anti-terroriste, ont vu leurs intérêts avancer ou reculer durant ces dix dernières années. Mais, on ne les cite pas souvent, les pays qui ont accueilli ou jouxté les combats sont ceux qui ont le plus sombrer dans l’abîme. On leur avait promis liberté, stabilité, démocratie, mais ils n’auront eu qu’instabilité et situations précaires. L’Irak de l'ex dictateur Saddam Hussein est devenu aujourd’hui le terrain de jeu de nombreux kamikazes et autres illuminés. Quant à l’Afghanistan, la réalité n’y est guère mieux. L’avenir y est encore plus sombre quand l’on sait que la coalition internationale qui y assurait une stabilité assez bancale est entrain de faire ses bagages pour quitter le pays. À ce jeu des alliances, le Pakistan aura surement été le grand perdant de la décennie. Cette puissance nucléaire se retrouve confrontée à une insurrection quasi générale à ses frontières ; situation qui peut la faire tomber à tout moment aux mains d’extrémistes de tous bords.
En bref, cette décennie aura été féconde pour l’histoire. Les guerres et les crises économiques ont accéléré le remodelage de la géopolitique internationale. De Nombreux pays ont perdu de leur puissance alors que d’autres n’attendent que le moment pour s’affirmer un peu plus. Avec le recul, Il est a parié aujourd’hui que si c’était à refaire certaines décisions passées – l’invasion de l’Irak par exemple – auraient été avortées. Nul ne peut prévoir exactement ce que la prochaine décade nous réserve, mais l’on peut dire que la tendance actuelle menant à un monde multipolaire est bel et bien en marche.
