Ces derniers jours, de nombreux commentaires, de nombreuses réactions et de nombreux témoignages apparaissent sur les réseaux sociaux autours de la mort du guide libyen. Personne ne mérite le sort qui lui a été réservé à sa fin. Devant la barbarie des vidéos qui circulent sur internet, le peuple tripolitain et surtout les dirigeants du CNT auraient du agir avec grandeur d’esprit. Lui accorder un traitement digne de son rang ; un jugement juste et équitable aurait été le meilleur moyen d’amorcer la nouvelle Lybie juste et démocratique à laquelle ils aspirent tant.
Cependant, le passé du guide ne peut être occulté. Devant le révisionnisme historique et le nouveau culte de sa personne qui est entrain de naître, il est très important de rappeler que Mouammar Kadhafi n’est pas le « héros » anti-impérialiste que beaucoup de personnes veulent voir mais un dictateur de la pire espèce ayant dirigé son pays d’une main de fer pendant 42 ans!
Pourtant, ce jeune officier qui en 1969 participa au renversement de la monarchie corrompue et désuète du roi Idris 1er avait tout pour marquer l’histoire positivement. Très tôt marginalisé par son mentor le grand Nasser – il voyait en lui un jeune officier instable –, Kadhafi va vite s’accaparer de tous les pouvoirs et se déclarer guide du peuple, premier signe de sa mégalomanie.
Pendant 42 ans, il aura contribué à abrutir son peuple par sa rhétorique révolutionnaire et incohérente. Changeant au gré de ses lubies – et de ses échecs à se faire aimer par ses pairs – il a été le fervent adepte d’un panarabisme, d’un panafricanisme et pour finir d’un rapprochement tout azimut avec les chancelleries occidentales. Pour en revenir à son peuple, Kadhafi n’a pas hésité à assassiner des milliers d’opposants politiques – où est la démocratie? – dont le tristement célèbre massacre de juin 1996 à la prison d’Abou Salim qui fit un millier de mort.
Économiquement, avec une analyse cohérente, l’épisode Kadhafi est un semi-désastre pour la Lybie. Il a accaparé les ressources financières – Kadhafi avait des comptes personnels chiffrés en centaines de millions de dollars - du pays dont il a orienté les politiques au gré de son humeur changeante. Tantôt il a financé le terrorisme tantôt il a aura tenu dans ses mains quelques états d’Afrique subsaharienne. Dans ce dernier exemple, Khadafi a beaucoup investi au sud du Sahara c’est vrai! Mais s’il la fait ce n’est point par humanisme, ni même par mercantilisme. Il l’a fait pour assouvir sa mégalomanie et pour faciliter son accès au statut de « roi des rois d’Afrique ». Aussi, même s’il est vrai que la Lybie est l’un des pays les plus économiquement avancés de son continent, il est erroné de le comparer à ses voisins africains. Avec ses ressources pétrolières et son nombre d’habitant extrêmement faible pour un tel territoire, il faudrait plutôt le comparer à la Norvège par exemple. Si la manne pétrolifère libyenne avait été correctement utilisée – et non en grande partie détournée par le guide et sa clique - le pays et le niveau de ses habitants se situeraient à des années lumières en avant ce qu’il est aujourd’hui.
Triste fin pour Kadhafi. Malheureusement, avec quatre décennies passées à la tête de son pays, ses frasques et ses abus en tout genre, le personnage est devenu détestable. S’il avait été plus pragmatique, il aurait pu tranquillement et ironiquement mourir dans son lit. Tel un Pinochet, il aurait du avoir l’intelligence de transférer le pouvoir à des instances démocratiques il y de cela quelques années. Une nouvelle page s’ouvre pour la Lybie et pour l’Afrique en Général. Une Page où ses dirigeants devront rendre compte de leurs actes ; une époque où comme dans toute démocratie normale, il ne peut y avoir de potentat qui s’éternise au pouvoir.



