vendredi 24 juin 2011

Le discours du roi

Il l'avait dit, il vient de le faire. Dans un discours mémorable, Mohammed VI, souverain du Maroc, vient d'ouvrir la voie à la réforme constitutionnelle dans  son pays. À terme, cette transformation devrait mener le royaume chérifien à une forme de monarchie constitutionnelle. Déjà, certains considèrent comme insuffisants les futurs changements alors que moi je préfère y voir, dans le contexte autocratique de cette région du monde, une véritable révolution politique et pacifique.

Au Maghreb, le Maroc, de par sa monarchie absolue, constitue une exception par rapport aux « républiques » voisines. Normalement, l’archaïsme caractérisant les monarchies absolues aurait du se refléter sur la gestion du pays. Mais, les Marocains, de par leur niveau de vie, leur éducation, leur ouverture d’esprit, n’ont rien à envier à leurs voisins arabes. Mieux, ils sont entrain de leur donner une petite leçon de démocratie.

Sentant poindre le vent des révolutions arabes à ses frontières, le roi a donc décidé de prendre les devants pour calmer les éventuelles ardeurs révolutionnaires de son peuple. Le 1er juillet, les Marocains auront donc à se prononcer sur une nouvelle constitution. Avec celle-ci, le 1er ministre sera issu du parti ayant gagné les élections législatives et ne sera donc plus nommé par le roi, il aura des pouvoirs élargis, les minorités ethniques seront mieux représentées et la justice sera beaucoup plus indépendante du pouvoir exécutif et monarchique.

Insuffisante ou pas, cette mutation aura eu au moins le mérite d’avoir été obtenue pacifiquement. Les Marocains n’auront pas eu à payer de leur sang pour voir leur souverain lâcher du lest. Juste pour ca, si les réformes sont biens conduites, Mohammed VI se mérite une place dans l’histoire. À l’inverse d’un Bachar El-assad, d’un Mouammar Kadhafi ou d’un Ali Abdallah Saleh, il aura eu la clairvoyance d’assouvir les attentes de son peuple et même de garder la plus grande partie de ses privilèges.

Aussi, le Maroc, pour cette région du monde, pourrait bien devenir le premier élément d’un effet domino. À la manière des Tunisiens qui ont lancé le mouvement révolutionnaire, les marocains pourraient être les instigateurs d’un changement pacifique amorcé au sein même des plus grandes instances des monarchies arabes sclérosées. Une réussite à la marocaine, impliquant une démocratisation accrue et un monarque en observateur, pourrait inciter un jour les souverains présents à Bahreïn, aux Émirats arabes unis ou bien d’autres encore à emboiter le pas.

Pour l’instant, l’histoire se joue au Maroc et se sera à ses citoyens de décider le 1er juillet s’ils acceptent ou pas leur nouveau projet de société. Ensuite, ce sera à leur souverain de jouer franc jeu pour les mener au fil d’autres évolutions vers la première véritable monarchie « constitutionnelle » au sud de la méditerranée. 

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