lundi 13 juin 2011

Nos amis les Libyens

Ces derniers jours, l’intervention militaire de l’OTAN en Lybie sur demande des insurgés est l’un des principaux évènements qui vient alimenter l’actualité géopolitique internationale. Nombreux y verront un geste purement humanitaire visant à venir en aide aux populations libyennes en détresse. Pourtant, en analysant mieux la situation, ce sont des raisons purement politiques et économiques qui expliquent l’impressionnant déploiement de force auquel nous assistons actuellement. Heureusement pour le peuple libyen, les effets directs – que moi j’appellerai collatéraux – de cette expédition militaire occidentale leur permettra à très court terme de se débarrasser de leur guide fou.

Politiquement, la force transatlantique se retrouve engagée dans le conflit libyen principalement par la volonté politique d’un homme, Nicolas Sarkozy. Devant le retentissant échec de la diplomatie française au plus fort des journées révolutionnaires tunisiennes, ce dernier a sauté sur l’occasion libyenne pour redorer son blason et le leadership de la France au niveau international. Se donner ainsi une visibilité de grand chef international pourrait bien l’aider à revenir dans le cœur de ses concitoyens en vue des élections présidentielles prochaines.

Économiquement, en ces temps d’austérité  et de coupes budgétaires en occident, il est difficile  et même extrêmement naïf de croire que l’OTAN déverse des bombes qui coutent des dizaines de millions de dollars en Lybie de si bon cœur. Aujourd’hui, soutenir le conseil national de transition libyen – les insurgés - qui sera très certainement au pouvoir dans les jours qui suivent est un pari stratégique et économique porteur. Il s’agit de s’attirer les bonnes grâces des futurs dirigeants de ce pays. Ces derniers n’oublieront sans doute pas ceux qui les ont soutenus au moment où il s’agira de  nouer de nouvelles relations économiques à Tripoli. Il n’est donc pas futile de s’attendre à voir des compagnies comme TOTAL, BP ou encore Exxon se tailler la part du lion dans le futur paysage pétrolifère libyen.

S’il y a autre chose qui a volé en éclat durant les dernières semaines, c’est bien le discours bien-pensant sur la coopération Sud-Sud. En effet, Chinois et Russes, principales puissances du « sud , se sont montrés bien discrets tout au long du conflit libyen. S’étant abstenus de voter l’intervention militaire à l’ONU contre la barbarie de Kadhafi, ce n’est que récemment sachant que les insurgés allaient surement remporter la bataille que ces deux pays leurs ont apporté soutien et conseils. Là aussi, il s’agit de ne pas se faire distancer quand viendra le moment « d’aider » la Lybie à se remettre économiquement sur pieds.

Il faut bien retenir une chose, la bonté humaine à rarement sa place en matière de relations internationales. Les États sont mués par des intérêts égoïstes mais il arrive parfois que ces derniers puissent engendrer des effets collatéraux bénéfiques pour d’autres États tiers. Nous assistons actuellement à un tel phénomène en Lybie. La cause humanitaire n’est pas la principale raison de l’intervention ; ce sont des intérêts économiques et politiques qui viennent au secours d’une population désabusée, évitant ainsi des milliers de morts. Il existe de nombreux conflits ailleurs dans le monde, amplement plus meurtriers et qui n’émeuvent personne. Pauvres Syriens, malheureux yéménites! N’ayant presque pas de pétrole et n’étant pas d’un très grand intérêt stratégique, ils n’ont que la  compassion et les maigres sanctions internationales pour faire face à leur despote.

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