dimanche 19 février 2012

Une « vieille » histoire de politique africaine



Si je vous parle d’Abdoulaye Wade au Sénégal, d’Alpha Condé en Guinée ou encore de Laurent Gbagbo l’ivoirien, trouveriez vous facilement le point commun parmi ces trois personnages? Oui vous pouvez me dire qu’ils ont tous été présidents de leur pays ou encore qu’ils sont tous passés par la case prison pour leurs convictions politiques. Mais, plus loin, je vous dirai qu’ils ont tous porté le manteau « d’éternel » opposant avant d’accéder à la magistrature suprême de leur pays.

L’éternel opposant, ce sobriquet qu’ils aiment tant s’approprier peut expliquer aussi leur tendance à se croire comme unique détenteur de la vérité et des solutions à tous les mots de leur pays.  Ces éternels opposants se sont très souvent transformés en principal problème à leur nation.  Hier, Laurent Gbagbo, par son obstination a mis la Côte d’Ivoire à feux et à sang. Aujourd’hui, Abdoulaye Wade, par son entêtement est entrain de conduire le Sénégal vers l’abîme. Demain, Alpha Condé fera t’il preuve de la même étroitesse d’esprit? Les premiers actes qu’il pose font déjà peur. Mais, au-delà de ces quelques dirigeants, pourquoi la plupart des gouvernants africains font il autant preuve de « stupidité » en s’accrochant à leur fauteuil présidentiel?

Leur histoire et le contexte sociopolitique dans lequel ils ont évolué sont les principales explications à ce problème. La plus part de ces politiques ont la soixantaine passée et on a bien l’impression qu’ils ne sont plus en adéquation avec les désirs de changement et d’expression démocratiques de leurs concitoyens. Cette ancienne génération de dirigeants africains ayant connu la colonisation, les luttes pour l’indépendance et les batailles politiques souvent sanglantes qui ont suivi ne peuvent gouverner avec l’ouverture d’esprit demandée à tout gouvernant éclairé du 21ème siècle.

Ils vivent avec des schémas de pensée et des repères obsolètes. Abdoulaye Wade qui est né dans les années vingt a connu le colonisateur tout puissant dont l’autorité était incontestable, il a connu les premiers régimes africains dont l’autorité était toute aussi incontestable ; aujourd’hui il ne répète que ces schémas en pensant vivre toujours à une époque où l’autorité qu’elle ait tord ou raison est incontestable.

Monsieur Wade, Monsieur Condé, les temps ont changé et la génération d’africains que vous dirigez ne courbera plus l’échine devant des décisions insensées. Cette génération veut des résultats et n’hésite plus désormais à réclamer des comptes.

Au contraire du dicton célèbre affirmant que les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent, je dirai plus que les dirigeants sont le reflet de leur vécu. À l’ère d’internet et de la rapidité, les États africains sont encore mués par l’archaïsme, le manque de vision et l’immobilisme de ses politiciens qui malencontreusement tentent d’imprégner leurs valeurs désuètes à leurs gouvernés.

 Aujourd’hui à l’image des ces éternels opposants, l’Afrique en générale est gouvernée par une lignée de potentat qui ne mérite rien de mieux que la retraite anticipée. Sur notre continent la moyenne d’âge des dirigeants frise la fin soixantaine alors que dans les pays développés elle tourne autour de 55 ans.

Aujourd’hui, il faut dépoussiérer les têtes pensantes africaines. Ces « éternels » opposants qui arrivent à la tête de nos états en plus d’être égocentriques sont autant à cours d’idées que les dictateurs qu’ils ont remplacés. Les vieux politiciens qui peuplent nos assemblées ne sont plus en phase avec l’évolution et le mot démocratie est souvent pour eux un concept nébuleux.

L’Afrique n’est pas uniquement peuplée de momies à la soixantaine passée et ses jeunes talents doivent occuper l’arène publique pour véhiculer des idées neuves et novatrices pour son développement. Pour être moins vulgaire que la rue arabe, l’on ne dira pas « dégage » à nos vieux gouvernants ; on leur dira tout simplement de libérer la place car la plus part des acteurs de cette génération sont les responsables de plus de quatre décennies perdues pour l’Afrique.

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